Quand Michel Tournier évoquait le cirque

 

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Arte a consacré un documentaire au clown Grock, la légende du cirque (DR). Cliquez.

Le cirque a inspiré les plus grands écrivains. Michel Tournier, de l’Académie Goncourt, fut de ceux-là. Dans Le vent Paraclet, l’écrivain consacre un long développement au cirque et en particulier aux numéros de clown. Les artistes de cirque savent bien que « faire le clown », c’est exercer l’art le plus difficile qui soit. En évoquant la mémoire du clown Grock (1880-1959), Tournier nous montre sa compréhension de cet art si particulier.

« Heureusement il y avait Grock que je n’ai jamais vu au cirque, mais dont le comique si particulier m’a profondément impressionné à un âge important [l’enfance, NDLR]. Le grand problème des clowns, c’est qu’ils forment une catégorie d’interprètes pour lesquels personne n’écrit et qui sont obligés de créer aux-mêmes leur répertoire. Ils n’ont pas le choix. Il faut qu’ils s’inscrivent dans la tradition des auteurs-acteurs — celle de Shakespeare et de Molière, celle aussi de Sacha Guitry — ce qui est évidemment beaucoup leur demander. Grock a consacré sa vie à la mise au point d’un numéro qui durait finalement deux heures pleines.Il y a dans l’art du clown des servitudes qui sont les unes positives, les autres négatives. Le grand clown se doit d’user de toutes les ressources traditionnelles de la piste parmi lesquelles au premier chef l’acrobatie et la musique. Il faut également qu’il fasse appel aux techniques du maquillage poussé jusqu’à la monstruosité et aux « effets spéciaux », perruque tournante, larmes jaillissantes, crâne explosant sous le coup de bâton, etc. En revanche il n’a le droit ni d’être beau ni d’être tragique, au premier degré au moins. La laideur et le ridicule sont des traits auxquels il ne peut échapper. Quant au triomphe de Grock, il est le résultat d’une évolution qui n’a pas duré plus d’un siècle et demi, mais qui est pleine d’enseignement pour qui voudrait ébaucher une esthétique du spectacle » (Michel Tournier, Le vent Paraclet, Paris : éd. Gallimard, coll. Folio 1979, p. 35).

Et après, certains nous demanderont si les arts du cirque relèvent bien de la Culture…

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