En tournée, les cirques sont suivis par des vétérinaires

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Un vétérinaire et un tigre (DR).

Contrairement aux contrevérités propagées par certains extrémistes de la cause animale, jamais les vétérinaires français, ni européens, ne se sont prononcés pour l’interdiction de l’hébergement des animaux dans les cirques. La preuve ici :

1. Une interprétation fausse de la position des vétérinaires européens

Dans une motion adoptée le 6 juin 2015, la Fédération des vétérinaires européens (FVE) ne s’est pas prononcée pour l’interdiction des animaux dans les cirques. Elle s’est prononcée pour l’interdiction des cirques qui ne peuvent pas assurer aux mammifères sauvages le bien-être propre aux caractéristiques de leur espèce. Nuance.

Le docteur Ghislaine Jançon, membre du conseil national de l’Ordre des vétérinaires, responsable du pôle « bien-être animal » du conseil de l’ordre, représentante de l’ordre à la FVE, s’en est d’ailleurs expliquée dans les colonnes du quotidien Libération du 12 octobre 2017 :

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Libé, 12 octobre 2017. Cliquez pour lire l’article.

Dans une lettre adressée aux maires de France le 23 novembre 2018, Code Animal et 30 Millions d’amis évoquent une déclaration de la FVE de juin 2018, comme s’il s’agissait d’une nouvelle déclaration de la FVE. En fait, ils font référence à la seule déclaration du 6 juin 2015 ; s’agit-il d’une erreur matérielle de leur part ou alors de la volonté de tromper les journalistes et les maires, en faisant croire à une nouvelle prise de position de la FVE en 2018 ? Il n’y a eu aucune nouvelle prise de position de la FVE à ce sujet en 2018.

Par ailleurs, ces groupuscules omettent de dire dans cette lettre du 23 novembre 2018 que, deux jours plus tôt, le 21 novembre, le Conseil d’Etat, la plus haute juridiction de l’ordre administratif, a jugé que la réglementation française sur la présence d’animaux dans les cirques respectait parfaitement les exigences de bien-être animal imposées par les droits français et européen. Pourquoi ne pas avoir fait mention de cette décision de justice essentielle ? Parce qu’elle ne va pas dans le sens de l’interdiction des animaux dans les cirques, sans doute…

« L’association [animaliste] requérante n’est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que l’arrêté contesté méconnaîtrait (…) les dispositions de l’article L. 214-1 du code rural »

(CE, 21 novembre 2018, One-Voice c. Ministre de la Transition écologique et Association de défense des cirques de famille, req. n° 414357).

Arrêt à lire ici.

 

2. Une interprétation fausse des dispositions du droit de l’Union européenne

Les animalistes font également une fausse interprétation du droit de l’Union européenne, et le juge vient de le leur rappeler solennellement le 21 novembre 2018. Dans l’arrêt déjà cité du 21 novembre, rendu à la requête du groupuscule One-Voice, le Conseil d’Etat a jugé que les groupuscules animalistes se trompent totalement dans leur interprétation du droit de l’Union européenne :

« Il ne résulte d’aucune disposition du droit de l’Union et notamment pas de l’article 13 dru traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, qui se borne à prévoir que « les États membres tiennent pleinement compte des exigences du bien-être des animaux en tant qu’être sensibles », que le maintien du régime d’autorisation prévu par les dispositions attaquées méconnaîtrait les exigences du droit de l’Union »

(CE, 21 nov. 2018, One-Voice c. Ministre de la Transition écologique et Association de défense des cirques de famille, req. n° 414357).

Arrêt à lire ici.

Il en résulte que, contrairement à ce qu’affirment les groupuscules animalistes, l’arrêté du 18 mars 2011 qui autorise la présence d’animaux non-domestiques dans les cirques tient « pleinement compte des exigences du bien-être des animaux en tant qu’être sensibles » évoquées par le droit de l’Union.

Et heureusement.

3. Une interprétation fausse de la position des vétérinaires français

De plus, le 8 février 2018, le Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL), qui regroupe 90 % des vétérinaires français, a pris une position particulièrement claire. Dans avis publié en exergue de La Dépêche vétérinaire du 9 février 2018, il s’oppose à l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques, et il explique pourquoi dans un avis qui mérite d’être reproduit intégralement ici :

« Les organisations professionnelles vétérinaires sont interrogées par One-Voice pour connaître leur position concernant l’avis de la Fédération vétérinaire européenne (FVE) sur la question de la présence des animaux sauvages dans les cirques itinérants. Il doit être affirmé ici clairement que le but de la démarche de l’association One-Voice est d’aboutir à l’interdiction de toute présence animale dans les spectacles et que nous ne partageons pas cet objectif.

Les vétérinaires, représentés par le SNVEL, interviennent dans l’ensemble des lieux de présence des animaux pour apporter les soins que leur état nécessite. Ce sont leurs interventions qui assurent le respect d’un aspect fondamental du bien-être animal : l’accès aux soins.

La question posée doit tout d’abord être bordée par deux définitions :

– celle des animaux sauvages : quels sont les animaux visés ? La faune sauvage captive issue de la reproduction en captivité ne relève pas de cette définition ; or, la quasi-totalité des animaux présentés par les cirques sont issus de ce mode de reproduction et, en aucun cas, prélevés dans le milieu naturel ;

– celle des cirques itinérants : quelle réalité recouvre ce terme ? Les exigences de l’arrêté du 18 mars 2011 (« les animaux doivent être entretenus et entraînés dans des conditions qui visent à satisfaire leurs besoins biologiques et comportementaux, à garantir leur sécurité, leur bien-être et leur santé ») fixent, pour chaque espèce, un niveau technique de conditions d’hébergement.

A la suite de la position exprimée par la FVE et à la lumière de ces deux définitions, la profession doit se faire entendre, éclairée des éléments scientifiques actualisés.

Comme souvent dans notre pays, les textes de loi sont nombreux mais leur application dénuée de moyens suffisants. Il est cependant évident que le contrôle des installations itinérantes est plus complexe que celui des installations fixes.

La préservation d’animaux sauvages dans leurs biotopes originaux est une priorité, le prélèvement d’animaux pour le spectacle de cirque contrevient à toute politique de préservation. Les vétérinaires ne peuvent qu’approuver l’interdiction des animaux sauvages prélevés dans la nature.

En ce qui concerne les conditions d’entretien nécessaires au bien-être des animaux dans les installations itinérantes, les contraintes imposées par les normes visées à l’arrêté du 18 mars 2011 paraissent dissuasives de tout amateurisme, lorsqu’elles sont respectées.

La gestion de ces populations dans une base de données unique viendra renforcer ces dispositions.

Nous ne partageons pas l’avis selon lequel l’interdiction des installations itinérantes représenterait une amélioration du sort de ces animaux.

Le devenir de ces animaux, si l’interdiction de leur présence dans les spectacles intervenait, ne semble guère préoccuper les militants de l’interdiction. En revanche, nous nous interrogeons sur les conditions dans lesquelles ils pourraient poursuivre leur vie. La remise en liberté dans le biotope originel est une utopie vouée à l’échec et les structures d’accueil ne paraissent pas dimensionnées pour un placement massif, cela sans même envisager le modèle économique de cette action.

Plus largement, la question qui nous est posée est celle de l’acceptation de la présence d’animaux sauvages ou non dans les spectacles. La volonté abolitionniste de certains est liée à leur conviction d’une maltraitance obligatoirement associée à l’apprentissage du spectacle. Nous ne partageons pas cette opinion.

  • Véronique LUDDENI, vice-présidente du SNVEL, membre du Conseil national
    de la protection de la nature,
  • Pierre BUISSON, président du SNVEL,
  • Bruno KUPFER, docteur vétérinaire,
  • Florence OLLIVET-COURTOIS, docteur vétérinaire. »

Lien vers le texte original

Là encore, l’avis des vétérinaires français n’est pas du tout celui dont les groupuscules extrémistes font état.

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Un tigre et son dresseur, Alexander Lacey : une complicité sans laquelle rien n’est possible (DR).

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